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« Crazy horse » (2011)
de Frederick Wiseman

24 octobre 2011

Tous les films de Frederick Wiseman ne font pas l’unanimité, et Crazy Horse fait partie de ceux là. D’aucuns y verront le propre de l’art – diviser, susciter débats et controverses… mais force est de constater que le 39ème opus du cinéaste américain a été accueilli avec moins d’enthousiasme que Boxing gym, par exemple…

Le Blog documentaire avait donc choisi ici de livrer deux points de vue ; l’un enthousiaste, l’autre moins. Le texte qui suit est le second point de vue, moins enthousiaste.

Critique

Un ami l’a appelé Dieu

A un collègue, je l’ai présenté comme un des grands de l’Histoire du documentaire.
Je l’ai étudié à l’université.
Les professeurs et les critiques l’admirent beaucoup en général.

Eh oui, un ami l'a appelé "Dieu".


Je me suis plutôt ennuyé.

En montrant peu de séquences de discussion entre les danseuses et le chorégraphes, ou entre les danseuses elles-mêmes, ou entre l’équipe artistique et la direction (relais des invisibles actionnaires) et beaucoup, beaucoup, de captations du spectacle, je me demande à quoi Wiseman avait-il accès ? Qu’est-ce qu’on lui a interdit ? Sur quelles restrictions a t-il buté ? Je voulais davantage de scènes humaines, vivantes, dialoguées, mettant en contact les protagonistes entre eux. Et j’ai obtenu beaucoup trop d’extraits de danse. Je n’ai pas eu ce que je voulais, ce que j’attendais. Les danseuses et les chorégraphes ne sont filmés que dans la salle, qu’à travers leur rôle professionnel. Au final, je sais à peine qui ils sont. Je ne sais pas si c’est un choix délibéré du réalisateur de ne pas les suivre dans leur vie civile, dans une dimension plus personnelle et intime de leur existence, mais ça m’a manqué de ne pas m’éloigner du sujet principal – qui s’avère être finalement un making-off.

En ne se cantonnant qu’à ce qui arrive, qu’à ce qu’il a sous les yeux, Wiseman ne m’offre pas ce qui constitue un aspect essentiel de la vie des individus qu’il filme. J’ai l’impression qu’il ne se contente que de la surface plate et sans aspérité du réel.

Les seules profondeurs qui affleurent sont les difficultés du chorégraphe à convaincre la direction du Crazy Horse de fermer la salle quelques jours afin de poursuivre les répétitions dans de meilleures conditions, et aussi à faire en sorte que les employés permanents lui fassent confiance, croient en lui, malgré les méthodes plus souples et tâtonnantes qu’il emploie.

Mais c’est le moins qu’il pouvait faire.
Mais c’est le minimum qu’il pouvait nous offrir.
C’est la moindre des choses que de mettre en avant ces problèmes, ces tensions, ces conflits.

Seulement Wiseman ne nous les montre pas assez, pas assez pour en faire de véritables enjeux.
Seulement c’est presque tout, et le reste est bien morne, et bien trop calme.

Par ailleurs, c’est un réalisateur que l’on admire car il refuse de commenter ses films et de réaliser des interviews. Il ne veut pas poser de mots sur ses images, il souhaite qu’elles parlent d’elles-mêmes. C’est un dogme qu’on apprécie chez lui, comme si le commentaire était forcément une facilité, un truc de journaliste, une traîtrise envers la réalité. Pourtant, ici, il filme les entretiens que les chorégraphes donnent pour des journalistes justement et montre leurs réponses dans son film. Pourquoi ne pas poser ses propres questions alors ? S’il a besoin de leur discours, de leur point de vue pour donner plus de sens et d’explication à son œuvre, pourquoi utiliser le travail des autres ?

C’est une œuvre qui n’est pas à la hauteur de la réputation de son réalisateur.
C’est un article d’un spectateur qui s’est fait fauché en pleine séance par la déception.

Benjamin Genissel - 2026

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